27/09/2009




Mystère, misère, 
splendeur et décadence
du cinéma français


Extrait de Kafka Cola (Editions Léo Scheer, 2008)



FRENCH KISS
pas de pétrole mais plein d’idées


Ô toi, capitalisme implacable et débridé, chaos néolibéral, sache qu’il existe une terre qui maintient ses traditions, son imaginaire, et qui protège fiévreusement son droit à l’image.

Il s’agit d’une exception française face à la norme mondiale, à la standardisation généralisée tueuse de diversités, aux dangers de la globalisation, au cinéma de marché et de grandes surfaces.

Il s’agit d’un regard unique, exigeant, salutaire, lumineux, émancipateur, courageux, universel, à l’image de la France et de ses lumières.

Une histoire française, une invention française : le cinéma français.

Comme un jour de fête permanent à Paris-Beach, avec ses facteurs, ses plages de sable chaud sous les pavés, et ses vélibs.

Amarré à des bittes électroniques, le vélib est un vélo, une bicyclette, un vélocipède au haut duquel, au sommet de son guidon, trône telle une statuette de Rolls-Royce une effigie d’audace, d’or et d’ivoire à la gloire de saint Delanoë.

La litanie résonne dans le coeur des Parisiens et des Parisiennes. Depuis le balcon de l’Hôtel de Ville, on entend psalmodier avec grâce et ferveur :

Paris pollué,
Paris martyrisé,
Paris humilié
Mais grâce au vélib’,
Paris une deuxième fois libéré !

Ce vélo d’un genre nouveau est le symbole durable de l’idéal républicain. Il est parfois conduit par de jeunes femmes à la peau blanche, au buste droit comme autant d’effigies de Marianne. Coiffées du bonnet phrygien, en jupe et torse nu, poitrine au vent, mamelons en érection, la sueur perle entre leurs cuisses. Des techniciens de la RATP cachés sous les plaques d’égout attendent émoustillés le passage des amazones. Une sale histoire.

Mais le vélib nous fait perdre la tête. Retour au droit chemin : le cinéma français.

Car le vélib, c’est Paris et Paris, c’est la capitale mondiale de ce cinéma que le monde entier nous envie.



Le cinéma français, ce sont des hommes, des films et des femmes qui questionnent notre modernité, et qui parfois sans fausse modestie, ni vraie ambition, interrogent les turpitudes de la vie amoureuse et les déceptions sentimentales en promotion à la superette du coin.

C’est un cinéma attentif aux petites choses de la vie, au quotidien, aux non-dits, à l’incommunicabilité des couples, aux silences, aux presque-riens, à toute la palette des sentiments : amertume, frustration et bon ressentiment.

Bref, un cinéma qui carbure plus à l’antidépresseur qu’aux testostérones et qui dit non avec courage et fierté aux stakhanovistes du culturisme, stanislavskistes du muscle, et autres anges ex-terminator hollywoodiens.

Une fois la capsule de Prozac ingérée, ce sont des films d’une intensité toujours renouvelée, de vrais films d’auteurs à défaut d’être artistes, des films aux antipodes de l’esbroufe, des effets spéciaux, spécieux et trompeurs.

C’est un cinéma qui, vingt-cinq fois par seconde, dit la France, sa vérité, son désir d’avenir et montre les Français, leurs envies, leurs joies et leurs peines, leurs difficultés et leurs espérances. En bref un art total : social, solidaire et syndiqué.



Ce sont des auteurs, intermittents du spectacle, qui chaque jour nous protègent de la malbouffe culturelle et des ravages de la mondialisation.

Ces intermittents du spectacle cinématographique, que certains mauvais esprits, pervers prospères, appellent les rentiers de la République ! Que dire devant tant de malhonnêteté intellectuelle si ce n’est qu’au royaume de la bonne conscience la mauvaise foi est reine.




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