20/10/2019


Tilleuls secrets

Située dans le 20e arrondissement de Paris, l'avenue Gambetta est une voie plantée, diantre, que dis-je, presque boisée, tant l’arche de la frondaison recouvre la rue de part et d'autre de tilleuls. Au printemps et en été, en son point le plus élevé, situé à 116 mètres d’altitude, en regardant au loin la pente de l’avenue, on croirait se baigner dans une mer d’algue et de feuilles. Il faut dire que la piscine olympique Georges-Vallerey borde également l’avenue en cet endroit. Un bloc plus bas, se trouve le siège de la DGSE, le service des renseignements français. La façade arrière des services d’espionnage, de contre-espionnage, voire double et triple espionnage, le tout caché derrière de hauts murs, s’étend sur plusieurs centaines de mètres de l’avenue. 


Vu du ciel via Google Earth, la DGSE occupe un vaste quadrilatère dont la surface, sécurité oblige, est tapissée de pixels gris, blancs, ocres et verts. Vue de la rue, un épais brouillard numérique accueille le promeneur digital à l’angle de la rue des Tourelles. En descendant l’avenue Gambetta sur Google Street View, on est frappé de découvrir la relation nouée entre le flou et le végétal, le floutage du secret et la vitalité des tilleuls en feuilles, fruits et fleurs. L’avenue embaume le parfum du secret. Ceux de la nation sont bien gardés. Mais gare au vent qui parcourt les feuilles, car la canopée, elle, voit tout, et si elle ne dit rien, elle n’en pense pas moins.



30/09/2019


J'ai rêvé, l'autre soir, d'îles plus vertes que le songe...

photomontage de l'auteur / source Radio France

Françoise Giroud aurait dit de lui : « C’est un type à lire Saint-John Perse caché derrière une couverture de Playboy. »

Et vous, Mers, qui lisiez dans de plus vastes songes, nous laisserez-vous un soir aux rostres de la Ville, parmi la pierre publique et les pampres de bronze ?
Plus large, ô foule, notre audience sur ce versant d'un âge sans déclin : la Mer, immense et verte comme une aube à l'orient des hommes,
La Mer en fête sur ses marches comme une ode de pierre : vigile et fête à nos frontières, murmure et fête à hauteur d'hommes — la Mer elle-même notre veille, comme une promulgation divine…

Amers,  Saint-John Perse (1957)

21/09/2019


The most beautiful thing in the Pentagone is…

En 1975, Andy Warhol écrit dans “The Philosophy of Andy Warhol (From A to B & Back Again)” :

The most beautiful thing in Tokyo is McDonald’s.
The most beautiful thing in Stockholm is McDonald’s.
The most beautiful thing in Florence is McDonald’s.
Peking and Moscow don’t have anything beautiful yet.
  
Quinze ans plus tard en 1990, les tout premiers McDonald’s ouvrent en Chine et en Russie (URSS). Mais le concept warholien du “most beautiful thing” ne s’arrête pas en si bon chemin. Rendez-vous sur Google Earth, au quartier général du département de la Défense des États-Unis, le Pentagone. Au cœur du polygone, au centre du jardin, que voit-on fleurir ? Poulets frits, tacos et crêmes glacées. Ici, le hard power et le soft power with cheese ne font plus qu’un. Ain’t it the most beautiful thing ?