25/04/2016


Le tapuscrit qui valait 750 milliards
- SENSITIVE NARRATIVE MATTERS -


“PART FOUR - FINDING, DISCUSSION AND NARRATIVE REGARDING CERTAIN SENSITIVE NATIONAL SECURITY MATTERS”



Le Codex Leicester de Leonardo da Vinci fut vendu en 1994 pour la somme de 31 millions de dollars (49 millions de dollars en prix ajusté). Il s’agissait bien entendu d’un manuscrit unique. Vingt-deux ans plus tard, en 2016 ce record est sur le point d’être battu. Il est ici question d’un tapuscrit d’une valeur de 750 milliards de dollars. L’Arabie Saoudite s’inquiète de la publication d’un document de vingt-huit pages dont le titre tout de majuscules vêtu s’épelle : “PART FOUR - FINDING, DISCUSSION AND NARRATIVE REGARDING CERTAIN SENSITIVE NATIONAL SECURITY MATTERS”. On appréciera à sa juste valeur littéraire pareille proposition qui relie le récit (the narrative), le sens de la découverte (the finding) et le caractère sensible (sensitive), délicat de l’affaire.

Cette valeur littéraire est d’autant plus remarquable que je découvris ce titre pour la première fois retranscrit de manière erronée. Merveilleux lapsus. “Saudi Arabia, 9/11, and what we know about the secret papers that could ignite a diplomatic war”, tel était l’article qui m’enduisit d’erreur. Dans cet article de The Independent, l’expression NATIONAL SECURITY MATTERS (les questions de sécurité nationale) avait été remplacée par NARRATIVE MATTERS (le questionnement du récit ou narratologie). Ainsi le titre se lisait-il : “PART FOUR - FINDING, DISCUSSION AND NARRATIVE REGARDING CERTAIN SENSITIVE NARRATIVE MATTERS”. Merveilleux lapsus qui du côté littéraire vaut son pesant d’or et d’or il est question.


“Saudi Arabia, 9/11, and what we know about the secret papers that could ignite a diplomatic war”, article de Kim Sengupta, Diplomatic Editor, The Independent.



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Ces vingt-huit pages qui inquiétent l’Arabie Saoudite font partie d’un rapport rédigé en 2002 suite aux attaques terroristes du 11 septembre Ce rapport fut publié par la commission permanente du Congrès dédiée à la surveillance de agences du renseignement américain : “REPORT OF THE JOINT INQUIRY INTO THE TERRORIST ATTACKS OF SEPTEMBER 11, 2001” (U.S. Government Publishing Office, 2002, 838 pages).

Les vingt-huit pages mystérieuses ont été classées “secret défense” dès la parution de l’ouvrage pour cause de sécurité nationale. Le site 28Pages.org présente les réactions stupéfiées de plusieurs personnalités politiques à la lecture de ces pages classées Top Secret :

Walter Jones, élu à la Chambre des représentants : “I was absolutely shocked by what I read. […] It was 28 pages and it probably took me a good hour and a half because I would have to re-read certain parts of it that I just couldn’t believe what I was reading.”





Thomas Massie, élu à la Chambre des représentants : “I went into the soundproof, secret room here in Congress and read those 28 pages. And it was a really disturbing event for me to read those. I had to stop every two or three pages and rearrange my perception of history.



Un responsable politique qui a préféré garder l’anonymat : “If the 28 pages were to be made public, I have no question that the entire relationship with Saudi Arabia would change overnight.”


 Lu depuis le bunker sécurisé du Congrès (the soundproof, secret room), ce texte modifierait notre perception de l’histoire. Certains membres du Congrès souhaiteraient ainsi que les vingt-huit pages du rapport soient déclassifiées et que les familles des victimes du 11 septembre aient accès à ces informations (deux-mille-neuf-cent-soixante-dix-sept personnes périrent et plus de six-mille furent blessées). La parution de ce texte pourrait déboucher sur un vote explosif au Congrès. Rappelons que quinze des dix-neuf terroristes étaient en possession d’un passeport émanant d’une monarchie absolue de droit divin régie par la dynastie saoudienne de la famille des Al Saoud. Un projet de loi est à l’étude visant à lancer des poursuites contre l’Arabie Saoudite si ce pays était effectivement impliqué dans les attentats du 11 septembre. L’ordre du jour est à l’escalade. Le “gouvernement” saoudien a menacé de vendre pour 750 milliards de dollars d’actifs américains si le Congrès décidait d’approuver cette loi. 750 milliards de dollars pour des informations contenues dans le petit livre des révélations.




750 milliards de dollars pour vingt-huit pages équivaut à un montant de 26,7 milliards de dollars la page. En comptant environ quatre-cent-vingt mots par page, on obtiendrait 63 millions de dollars le mot, soit 1,2 millions le caractère (espaces compris) ou 1 million le caractère (sans espaces). La soustraction des valeurs “espaces compris” et “sans espaces” nous donnerait alors la valeur de l’espace, du blanc, du vide, qui sépare les mots. 200 000 dollars l’absence de toute chose. “Sensitive” — dites-vous. Very SENSITIVE isn’t it ?


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